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Des bienfaits psychologiques

"Voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir. Rions pour ne pas pleurer" Gustave Flaubert

1)Un remède contre le stress et l'anxiété:

Le rire permet de lutter contre le stress. En effet, en libérant les endorphines (hormones du bonheur, du bien-être) qui apaisent  le corps, le rire décharge le corps de ses tensions et libère l'esprit de ses occupations.

Un des résultats principal du stress est une prédominance pour le système sympathique sur le système parasympathique, ce qui peut être dangereux à long terme et entraîner des pathologies mortelles comme l’infarctus. Or, nous avons vu que lors de la deuxième phase du rire, le système parasympathique est dominant et rétablit donc l'équilibre entre le système parasympathique et le système sympathique. 

2) Un remède contre l'insomnie

Le rire prépare au sommeil. En effet, après avoir ri, les muscles sont dans un état de relaxation ce qui peut aider

à se plonger dans un sommeil profond et reposant.

Le rire améliore la qualité du sommeil en augmentant le taux de sérotonine*.

3) Le rire, un outil pour le bien-être d'après les philosophes

Freud* affirme que l'humour permet à l'humain de s'assumer et de chasser son mal intérieur. En effet, pour ce philosophe, l’enjeu du rire réside dans le soulagement de la conscience souffrante, et la méthode du rire consiste à regagner un plaisir perdu, une euphorie proche de l’humeur joyeuse de notre enfance. Pour ce philosophe, le rire est une détente, il désamorce les tensions. Pour lui, le rire a donc un effet positif sur la vie quotidienne en nous permettant d'éviter des colères superflues ou tout simplement de passer par-dessus des inconvénients aussi banals que l'attente dans une file d'attente ou une crevaison. Pour Freud, le rieur s'économise alors que l'homme triste s'affaiblit. Pour ce philosophe, le rire est donc une vertu philosophique libératrice qui permet d'ouvrir une brèche dans les barrières cérébrales, il écarte les nuages sombres des pensées moroses et dévoile en un instant une éclatante lumière, un peu comme lorsqu'en avion on découvre le ciel bleu au-dessus d'un ciel gris.

 

 

Spencer*et Bain* rejoignent Freud car ils associent aussi le rire à une détente. En effet, Spencer disait: "Il faut que la force nerveuse accumulée par une émotion s'écoule de quelque manière; si elle ne s'irradie pas dans le cerveau, suscitant des sentiments et des pensées, si elle n'agit pas sur les viscères, elle circulera dans les muscles les plus mobiles, ceux de la voix, de la bouche, de la face, et produira le rire". C'est ainsi que l'on explique quelquefois le rire chez les petits enfants après une frayeur, un gros chagrin ou une contrainte :en effet, lorsque les petits enfants vont commencer à pleurer, il suffit parfois d'une circonstance inattendue, survenant brusquement, pour les faire passer des larmes au rire. Cette théorie de détente que provoque le rire peut expliquer aussi certains fous rires. En effet, ce dernier est quelquefois un rire de détente  quand il apparait  dans les circonstances où l'on aurait dû garder son sérieux. En effet, le fou rire est intempestif: il nous échappera, par exemple, en visite cérémonieuse chez des personnes distinguées. D'autre part, les personnes sujettes au fou rire sont souvent celles qui subissent la contrainte extérieure la plus forte : les écoliers, les enfants et en général ceux qui ont à tenir un rôle au dessus de leur forces.

 

Spinoza* rejoint Freud en affirmant  dans Ethique, IVe partie, scolie de la proposition 45, que "le rire, tout comme la plaisanterie, est une pure joie ; et par suite, à condition qu'il ne soit pas excessif, qu'il est bon par lui-même. Et ce n'est certes qu'une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir. Car, en quoi convient-il mieux d'apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Tels sont mon argument et ma conviction. Aucune divinité, ni personne d'autre que l'envieux ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine et ne nous tient pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte, etc., qui sont signes d'une âme impuissante. Au contraire, plus nous sommes affectés d'une grande joie, plus nous passons à une perfection plus grande, c'est-à-dire qu'il est d'autant plus nécessaire que nous participions de la nature divine."

Spinoza dénonce donc la conception ordinaire de la sagesse, selon laquelle, il faut renoncer à tous les plaisirs et vivre dans l'austérité. Il juge ainsi sévèrement cette conception selon laquelle, il faudrait vivre dans la tristesse. Il dénonce aussi le fait que l’on associe le rire à la figure du diable et s'élève contre les préjugés . Pour lui, personne, pas même un être suprême, ne peut recommander cette conception puisqu'en éprouvant de la tristesse, on s'éloigne de notre puissance d'agir, on devient "impuissant", on n'agit pas selon notre nature.

Les vertus du rire étant de plus en plus reconnues, une nouvelle activité a vu le jour : "le yoga du rire".

Une nouvelle activité a été créée: le "yoga du rire". Cette thérapie a été créée tout d'abord par le docteur Indien Madan Kataria et son épouse Madhuri en 1995, C'est en 2002 que la première école internationale du rire ouvre ses portes à Frontignan grâce à Corinne Cosseron, française à l'origine de l'importation de cette nouvelle thérapie en France.

Cette pratique s'adresse essentiellement à des groupes de personnes souhaitant se déstresser, se libérer des tensions, lâcher prise pendant un moment...

Une méthode simple qui s’appuie sur des exercices de respiration, de relaxation issus du yoga et sur des rires vrais ou simulés avec enthousiasme...Bref, durant cette séance, un seul mot d'ordre " ne pas se prendre au sérieux, oxygéner les poumons et le cerveau, chasser le stress : s'amuser ! "

Après s’être renseignées sur Internet et auprès de l'animatrice Frédérique, nous avons décidé de participer à cette activité. Le but de cette expérience était tout simplement de ressentir par nous-même les bienfaits du rire et de s'investir davantage dans notre sujet. Cette séance d'essai s'est déroulée le mardi 31 janvier à Fontaine. Là-bas nous avons rencontré trois participants que nous avons interrogés. Ce fut une expérience très drôle et remplie de surprises.

Témoignages des participants :

Individu A : homme d'une soixantaine d'années.

Individu B : femme d'une cinquantaine d'années.

Individu C : femme  d'une vingtaine d'années.

  • Comment avez-vous découvert cette activité ?

 

Individu A: "Un peu par hasard parce que moi je suis très curieux, donc sur Internet j'ai tapé yoga du rire et je suis tombé sur cette activité. Ensuite j'ai eu la chance de rencontrer " Frédérire " (surnom de Frédérique ) lorsqu'elle faisait une séance dans un parc. Puis tout de suite je me suis dit que j'allais essayer et ça m'a tout de suite plu. Et aujourd'hui, ça fait dix ans que ça dure !"

Individu B: " Je l'ai trouvé sur internet parce que j'en avais entendu parlé."

Individu C : "Par hasard."

  • Sentez-vous une différence à la fin d'une séance ?

 

Individu A: "Oui, car cela fait monter le bien-être, on se sent mieux. On a plus d'énergie, on est plus confiant, on est positif. Cela nous permet de mieux dormir parce que nous évacuons nos problèmes et notre stress... En effet, je me suis informé sur Internet et j'ai appris qu'il y avait de nombreux bienfaits comme par exemple sur la circulation du sang."

Individu B : "A la fin d'une séance, on est super bien et détendue, le rire est très bon pour la santé et apporte du bien être."

Individu C : " Oui, cela m'apporte de la légèreté et me permet de moins me prendre au sérieux. En revanche, je démarre tout juste ; les effets sont là cependant je n'ai pas toute la pratique derrière moi. Le rire a vraiment des effets bénéfiques sur mon corps et mon esprit. "

  • Avez-vous fait connaître cette activité à des proches ?

 

Individu A: "Oui bien sûr, j'en parle et je fais connaître cette activité. C'est comme lorsque l'on va dans un bon restaurant, on est content alors on en parle... comme quand on a vu un bon film. Les gens trouvent qu'ils rient suffisamment mais c'est faux. Avant, les gens riaient beaucoup plus mais aujourd'hui les gens sont négatifs et plus tristes. Donc cela permet de rencontrer des personnes et de pouvoir partager ensemble le rire, les éclats de rire... Il s'agit d'un moyen de communication."

Individu B :" Oui, je suis inscrite sur OVS ( On Va Sortir) et donc pour donner du courage et de la motivation je propose cette activité parce que parfois, nous n'avons pas trop le moral. J'ai aussi des collègues de boulot, des amis, des voisins  qui sont venus découvrir cette activité ; certains ont bien aimé et d'autres n'adhèrent pas du tout. Le goût est propre à chacun ; tout dépend de l’état d'esprit.  Le but est de se lâcher sans avoir peur du regard des autres. "

Individu C : " Oui, à quelques amis sur Grenoble mais pour l'instant, ils ne sont pas disponibles donc je ne connais pas leurs ressentis. "

  • Maintenant que vous connaissez cette activité, pensez-vous pouvoir arrêter ?

Individu A: "Ah ! est-ce une drogue? Oui et non. On arrête pendant les vacances scolaires et l'été donc on peut s'en passer. Cependant, on sent que ça fait du bien de revenir. Ce n'est pas comme une drogue dure mais plutôt comme une drogue douce ; Il faut associer le rire au plaisir. Il y en a qui font que du yoga, d'autres qui ne font que  rire mais associer les deux, c'est génial ! Il n'y a pas assez de clubs pour ça, il faudrait même que les séances soient remboursées par la sécurité sociale car cela peut soigner, c'est une thérapie."

Individu B : " Moi, je ne viens pas souvent, pas régulièrement mais plutôt occasionnellement. Je trouve qu'une fois de temps en temps suffit, je n'irai pas toutes les semaines. En revanche, ce qui me manque c'est de ne pas rire tous les jours car l'occasion ne se présente pas assez souvent. Malheureusement, il faut maintenant inventer du yoga du rire alors qu'avant, c’était instinctif...on riait plus. "

Individu C : " c'est  vrai que le rire est très essentiel pour moi  et arrêter quelque chose d'essentiel me ferait dépérir. Dépérir dans le sens où je n'ai pas trouvé d'autres moyens pour aller mieux : je vois cette activité comme un remède. Je n'irai pas jusqu’à dire que c'est une drogue mais nous pouvons certainement arriver à une dépendance. "

  • Pensez-vous que le rire est un phénomène plus sérieux qu'il n'y paraît ?

Individu A: "Oui, en effet, c'est comme une thérapie ; nous pouvons parler par exemple des clowns dans les hôpitaux. Et comme on dit: on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui."

Individu B: "Oui en effet, j'aime bien parler de futilités, de choses qui me font rire parce que moi les gens qui parlent de leurs problèmes ça m'énerve, je préfère rire. Mais les gens qui aiment parler de choses comme ça, ne sont pas faciles à trouver aujourd'hui."

Individu C : "Pour moi le rire, c'est très sérieux."

 

 

 

 

 

 

 

Quelques questions pour "Frédérire"

 

- Comment avez-vous découvert cette activité ?

Par hasard, en juin 2004 avec une démo gratuite à la MJC de Fontaine. Ce qui avait titillé ma curiosité, est qu'il y avait le mot rire accolé à yoga !

- Comment avez-vous débuté dans cette activité ?

Ce n'est pas de moi-même mais l'animatrice de l'époque qui arrêtait son activité fin juin 2005. J'avais fait 3-4 séances avec elle et d'office elle m'a dit qu'il fallait que je prenne le relais car il n'y avait personne dans la région. Wahou ! sacré challenge! J'ai pris quelques temps de réflexion puis je me suis dit: " si elle me propose de prendre la suite , c'est que j'en suis tout à fait capable." Ce fut le démarreur pour mettre en place la création de l'association Fontaine du Rire et démarrer en septembre 2005!

- Qu'est-ce que cela vous apporte au quotidien ?

Depuis plus de 11 ans que j'anime des séances, il n'y a que depuis peu de temps que je m'aperçois qu'au quotidien ça m'apporte une belle énergie et un enthousiasme. J'ai appris à mieux me connaître et à mieux me gérer au niveau des émotions négatives pour " inverser la vapeur!" Je suis en constante recherche de positif et de ce qui entretient le bonheur ( comme chanter, danser, s'amuser...).

- Comment vous sentez-vous à la fin d'une séance ?

En tant qu'animatrice , je suis quelque fois épuisée quand je soutiens le groupe vers un dynamisme, un enthousiasme que j'alimente.

A d'autres moments , je suis en connection avec le groupe qui est sur la même vibration joyeuse. Nous sommes portés par un même élan positif et joyeux.

- Sentez-vous un réel changement auprès des gens ?

Chacun est unique avec une histoire. J'ai des témoignages de personnes qui rentrent immédiatement dans l'esprit du rire. Ils comprennent tout de suite parce qu'au cours de la séance, un mot leur a parlé. Je pense à Esther à qui dès la première séance, j'expliquais que cette méthode du docteur Madan Kataria faisait appel à notre "enfant intérieur". Pour d'autres ce sera plus long, à cause  de la peur du changement, du lâcher prise.

- Que faisiez-vous comme métier avant ? Pourquoi et comment avez-vous décidez d'arrêter ?

L'activité d'animer des séances de yoga du rire ne m'a jamais permise d'en vivre! jusqu'à août 2016, je travaillais comme agent de restauration dans les écoles à Fontaine. En été, j'étais  responsable de séjours pour vacanciers déficients mentaux.

La plus importante activité que j'ai eue au cours de ma vie professionnelle est l'animation. J'ai commencé à 17 ans dans des colonies de vacances. J'ai eu diverses activités qui m'ont permis de m'enrichir et d'élargir mon potentiel de créativité et de communication. J'ai toujours été attirée par les domaines de la psychologie, de l'art (musique, danse, chant..) et de la spiritualité. Et c'est ce cocktail qui fait ma richesse!

- Intervenez-vous dans des hôpitaux, entreprises, etc. ? Et quelle différence voyez-vous ?

Depuis 2011, j'ai commencé un cursus formation clown relationnel en Belgique avec Christian Moffarts pour intervenir auprès des séniors atteints de la maladie d'Alzheimer à l'hôpital Sud. Je compte, à 64 ans , terminer ma formation en validant le module 3 du clown relationnel. C'est en proposant du yoga du rire à ces personnes que la référente de l'hôpital m'a suggéré de me former au clown relationnel qui répondait mieux à ce type de pathologie pour les interventions.

Sinon, j'interviens dans les entreprises à la demande pour des séances ponctuelles, dans les centres sociaux, maisons de quartier ou d'habitants. J'interviens pour des évènements précis comme au parc Mistral en été, la fête du sport, forum santé pour les bienfaits du rire sur la santé, dans les écoles ou auprès d'étudiants. J'interviens sur tout le département et quelquefois sur d'autres départements (Savoie, Ain, Drome, Ardèche..)

La différence se joue sur le lâcher prise du groupe! Je peux avoir un groupe soudé qui ne se pose pas de questions et qui joue le jeu et la séance est un pur régal. Je peux aussi avoir un groupe sur la réticence parce que il y aura le regard d'autres collègues , la peur du regard de l'autre et la partie gauche de notre cerveau qui va censurer, analyser, critiquer! Plus on se pose de questions pendant la pratique du yoga du rire, plus on s'éloigne du lâcher prise.

Notre propre témoignage :

A partir du moment où nous avons su qu'il serait possible de participer à une séance de "yoga du rire", nous étions impatientes d'aller tester cette nouvelle thérapie importée en France depuis quelques années seulement.

Nous avons été ravies de pouvoir participer à cette expérience ainsi que de pouvoir tester ses bienfaits de manière à pouvoir témoigner de l'importance du rire dans notre société actuelle.

Nous avons reçu un accueil chaleureux de la part de l'animatrice mais également de la part de tous les participants. Tous les adhérents du groupe avaient l'air heureux de se retrouver et de participer à cette activité ensemble.

De plus, nous avons pu constater un réel changement auprès des personnes entre le début de l'heure et la fin de celle-ci: en effet, certaines personnes très réservées se sont entièrement libérées de leurs tensions.

Nous ne cachons pas que nous avons été surprises et parfois même mal à l'aise lors de certains exercices. Il s'agissait d'une série d’imitations autour du thème de la chandeleur.

En revanche, nous devons admettre que nous avons eu de nombreux fous rires à en pleurer : nous pensons que c'est le principal... le lâcher prise... cela nous a permis de rire aux éclats ! C'était une sacrée expérience !

Pour conclure, cette séance nous a permis de mieux comprendre cette thérapie en lien direct avec notre sujet. Toutefois, nous ne pouvons pas témoigner des bienfaits bénéfiques comme l'ont fait les participants car il faudrait pour cela faire cette expérience plus régulièrement.

Le rire au service de la société

 

 

1) Le rire, une image de la culture du pays et des frontières :

 

Le rire dépend de plusieurs facteurs comme les conditions psychiques, contextuelles et sociales et il est aussi influencé par la culture de notre pays. En effet,  dans certaines sociétés, ce sont les rires et les sourires qui doivent accompagner un malheur. Ainsi au Japon, c’est le sourire qui doit accompagner le décès d’un proche. A ce titre, l'exemple d’un professeur américain dont l’étudiante japonaise, à la grande surprise du professeur, annonce le décès de son père avec un grand sourire tout en lui demandant de bien vouloir l’excuser. Clarifions ce comportement : au Japon, il est d’usage, si vous êtes dans l’obligation absolue de faire part d’un événement pénible ou malheureux, de le faire en souriant. La jeune étudiante ne fait donc qu’obéir à une convention sociale. Le sourire, plus qu’une émotion, est ici une étiquette sociale. On est forcé de constater le caractère conventionnel et obligatoire de certaines émotions comme le rire qui est non pas un phénomène exclusivement psychologique ou physiologique, mais aussi un phénomène social forcé, marqué du signe de la non-spontanéité et de l’obligation. À travers cet exemple on se rend compte que certaines émotions comme le rire ne sont pas spontanées et individuelles, mais existent aussi par et à travers les formes culturelles que sont certains rites.

2) Le rire, une manière de créer des liens:

 

L’une des fonctions premières du rire, et certainement celle qui apparaît la plus commune, est la fonction communicative du rire qui envisage le rire comme une manière de créer des liens. En effet, on rit douze fois moins seul qu'en présence d'autres personnes, signe que le rire a une fonction sociale. On rit pour communiquer, pour échanger; on fait rire pour séduire. Dérider autrui est une façon d'humaniser les rapports interpersonnels. Comme l’a noté K. Lorenz* : « Rire de la même chose n’est pas seulement un pré requis à une amitié véritable, c’est souvent un premier pas à sa formation ». Lorsqu’une blague suscite le rire, c’est qu’il existe nécessairement un lien entre le locuteur et le destinataire et au-delà de cette complicité préexistante cette blague crée elle-même du lien à travers ce partage du rire. Ce rire commun participe donc au sentiment de groupe. La connivence est un élément essentiel qui tient à la nature même du rire. A ce titre, nous pouvons remarquer que les hommes sont essentiellement des blagueurs et les femmes des rieuses.

"Le  rire est le plus court chemin entre deux individus. » Charlie Chaplin

D'autre part, le rire de complicité qui est une marque des moments partagés, apparaît avec encore plus d’éclat dans ce qu’on peut appeler le rire contagieux, ou fou-rire, qui est un exemple remarquable des comportements humains en groupe.  Il s’agit en effet d’un rire convulsif et le plus souvent involontaire qui possède la capacité particulière à se répandre entre les individus; C'est un rire contagieux pour le groupe. On s’aperçoit à quel point le rire peut être communicatif, dans la mesure où une personne qui rit amène le rire. L’expérience collective est donc un facteur essentiel du rire. Ainsi, il existe un rapport dialectique entre le rire et le groupe: D’une part le rire fait le groupe et d’autre part le groupe facilite le rire.

https://www.youtube.com/watch?v=Izo1-IrT8zQ

https://www.youtube.com/watch?v=Z1mFR5pFjZc

3) Le rire, une manière de rappeler les normes d'un groupe et de la société:

 

Du rire collectif au rire d'exclusion, il n'y a qu'un pas: Le rire est aussi quelquefois un rire contre autrui. Un groupe trouve volontiers sa cohésion dans l'exclusion railleuse et aime à désigner un bouc-émissaire qui essuiera les plaisanteries. Aristote* disait en effet: "la plaisanterie est une injure pleine d'esprit, et cette injure est la disgrâce d'autrui pour notre propre divertissement".

D'autres philosophes rejoignent cette théorie de supériorité pour expliquer "le pourquoi du rire". Hobbes* disait en effet que le rire est une "manifestation de l'orgueil, de la vanité et du mépris des autres". Paul Scudo* affirmait aussi: "le rire est provoqué par la vue d'une imperfection dont nous nous croyons exempts; en riant nous manifestons notre supériorité relative, et nous blessons l'amour-propre des autres. On rit toujours aux dépens de quelqu'un". Le rire peut donc dénigrer et exclure ceux qu’on considère comme des inadaptés. La punition qu’engendre le rire, c’est la ridiculisation.  Le ridicule provoque la honte. On a honte parce qu’on nous fait savoir que notre comportement n’est pas le bon. Le rire sanctionne donc;  non pas matériellement mais symboliquement; ce rire d'exclusion est donc une sanction sociale incontestable et peut devenir un véritable châtiment qui punit ses victimes et renforce le lien des agresseurs.

Quant à Bergson*, il donne comme définition du rire dans son essai (Le Rire : essai sur la signification du comique)   : "il s'agit d'une réaction inconsciente qui vise à maintenir l'homogénéité du tissu social en sanctionnant les comportements déviants". Donc pour ce philosophe, le rire devient donc un geste qui sert de contrôle social qui vient sanctionner un comportement potentiellement menaçant pour la cohésion du groupe en rappelant à la norme. Par la crainte qu’il inspire, il réprime les excentricités. Quand une personne agit à l’inverse de la norme, par son caractère ou son comportement, il suscitera nécessairement le rire. De par sa fonction corrective, le rire apparaît donc comme une répression symbolique. Tout ce qui produit du désordre ou semble contre nature devient source de comique, de sorte qu’un acte, un comportement, une personne sont risibles à partir du moment où ils laissent apparaître une certaine étrangeté. Lorsque quelqu’un se comporte de manière inverse aux normes sociales, ou adopte un comportement déviant, il devient la cible privilégiée des moqueries. Le but est non seulement de le punir mais aussi et surtout de rétablir l’ordre social. Le rire, appréhendé sous cet angle est donc une correction faite pour humilier qui invite à corriger certains défauts ou certains écarts. Le rire a donc pour fonction première de rétablir la norme en sanctionnant de manière symbolique le marginal. Il recrée l’harmonie par la désignation d’un coupable.

4) Le rire, une manière de faire passer des messages et  de prendre de la distance  afin d'éviter les conflits:

 

Le rire peut être aussi un instrument privilégié pour dénoncer des injustices. En effet, le rire, sous sa forme d’humour noir  peut aussi jouer le rôle d’une satire acerbe, qui dénonce certains aspects de la réalité comme absurdes, injustes ou encore cruels. L’humour satirique dans la littérature reflète parfaitement cette idée, puisqu’il a pour but de tourner en dérision des thèmes agressifs et douloureux pour mieux les critiquer, pour mieux s’en détacher. Le rire devient une véritable communication entre l’écrivain et les autres, précisément dans la mesure où il n’écrit pas ses propres souffrances, mais la souffrance de tout un peuple. L’humoriste quant à lui, se prend lui-même pour cible, vise ses souffrances et ses faiblesses qui sont celles de toute la société qu’il se propose de représenter. L’humour  devient ainsi le moyen de défense de toute une société: il permet de mettre à distance les affects négatifs et douloureux de toute une société et cet humour noir devient bien souvent une véritable satire capable de critiquer le pouvoir, ses abus, ses injustices, de corriger les mœurs rien qu’à travers l’humour et la mise à distance.

Pour terminer, un "petit sourire" de Maurice Béjart*, chorégraphe répondant à un journaliste à  la question des causes de la crise du monde moderne et des solutions qui pourraient être préconisées: “Je ne suis pas capable de donner un message, de trouver une solution. Mais je pense que le rire est bon, le rire est très important, le rire nous fait respirer... Il y a un rire qui est un rire de l'enfance, qui est le rire de la joie, le rire de la santé, le rire du bonheur..”.

 

 

 

 

5) Le "rire de soi" ou autodérision, une promesse de sagesse:

 

Savoir rire de soi, accepter qu'on rie de soi, ne serait-ce pas une manifestation de sagesse individuelle ? L’autodérision  permet de se détacher d’une réalité pénible en la rendant dérisoire et donc surmontable. En effet, l’autodérision constitue une forme particulière du rire, qui s’apparente plus à un rire pour ne pas pleurer et qui peut devenir une arme de défense capable de rendre supportable l’insupportable et ainsi d’éviter les tensions que susciterait nécessairement une situation de crise dans laquelle on est soi-même impliqué. Epictète*, philosophe grec, pensait déjà que le rire portait l'empreinte du sérieux. En effet, il sermonnait  l’homme triste pour mieux affirmer la puissance du rire :

“ pourquoi ne t’adresses-tu pas des reproches à toi-même, au lieu de pleurer comme les fillettes ?” Pour ce philosophe, le rire tire sa force de ce qu’il tient de l’exemplarité. Si une personne peut rire de la douleur d’autrui, c’est qu’il a su rire de la sienne propre. Il se présente en maître, et la plaisanterie n’est ni gratuite ni futile : un véritable enseignement. Un enseignement, non de professeur, qui enjoint ses élèves à imiter son discours, mais d’un maître, qui par l’exemple de sa vie, invite à une constante pratique de joie pour soi-même.

D'ailleurs, les sages de la tradition chinoise taoïste sont souvent représentés en permanente hilarité. Cette hilarité est une preuve de leur état de libération. La meilleure preuve de cette liberté du sage, conséquence du chemin accompli, transparaît dans son regard sur le monde, dans ses sourires, son rire et son humour. Ce sont les signes extérieurs d'une évidente richesse intérieure. Les sages ont en commun la même joie de vivre, ponctuée de larges sourires et de grands éclats de rire. Leurs visages sont lumineux, resplendissants d'un bonheur d'être non-dépendant. 

les 8 immortels du taoïsme chinois

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